
La plus grande menace pour votre entreprise n’est pas le sinistre, mais une multirisque pro mal calibrée qui ne vous remboursera que la moitié de vos 200 000 € de matériel.
- Une déclaration de valeur inexacte, même de bonne foi, entraîne l’application de la « règle proportionnelle », réduisant drastiquement votre indemnisation.
- La garantie Perte d’Exploitation n’est pas un luxe, mais le capital de survie qui paie vos charges fixes quand tout est à l’arrêt.
Recommandation : Avant même de demander un devis, réalisez un inventaire détaillé et valorisé de tous vos biens professionnels (matériel, stock, agencements) pour bâtir une protection sur des fondations solides.
En tant que chef d’entreprise, artisan ou commerçant, votre outil de travail est le cœur battant de votre activité. Ces machines, ce stock, cet agencement que vous avez financé et assemblé avec soin représentent bien plus qu’un simple investissement : ils sont la condition même de votre chiffre d’affaires. Le réflexe naturel est de vouloir les protéger contre les coups durs comme l’incendie, le vol ou un dégât des eaux. Vous pensez donc à souscrire une assurance multirisque professionnelle (MRP), et c’est une excellente première étape.
Pourtant, la plupart des entrepreneurs se concentrent sur la protection des « murs » et la responsabilité civile, en survolant ce qui se trouve à l’intérieur. On regarde les garanties, on compare les prix, mais on néglige le point le plus critique : la valorisation exacte de ce que l’on cherche à assurer. Le risque le plus dévastateur n’est pas le sinistre en lui-même, mais de découvrir trop tard que votre contrat, pourtant bien payé, ne vous indemnisera qu’à 50 % parce que vous aviez déclaré 100 000 € de matériel alors qu’il en valait 200 000 €. C’est ce que j’appelle une protection illusoire.
La clé d’une assurance efficace ne réside pas dans la signature du contrat le moins cher, mais dans une adéquation chirurgicale entre la valeur réelle de vos biens et les capitaux que vous déclarez. C’est la seule façon d’éviter le piège dévastateur de la règle proportionnelle de capitaux, un mécanisme légal qui peut anéantir votre indemnisation et, par conséquent, votre entreprise. Cet article n’est pas une simple liste de garanties. C’est un guide stratégique pour vous armer contre la sous-assurance et bâtir une forteresse contractuelle qui garantira réellement la survie et la reprise de votre activité, quoi qu’il arrive.
Pour vous accompagner dans cette démarche cruciale, nous allons décortiquer ensemble les points essentiels à maîtriser. Cet article vous guidera pas à pas pour évaluer précisément vos actifs, comprendre les clauses qui font toute la différence et arbitrer intelligemment votre budget.
Sommaire : Protéger votre outil de travail : le guide complet de la multirisque professionnelle
- Pourquoi votre multirisque pro couvre le local mais pas toujours le matériel informatique
- Comment inventorier et valoriser 150 000 € de stock et équipements pour votre devis MRP
- MRP essentielle à 800 €/an ou premium à 1 800 €/an : laquelle pour votre activité
- L’erreur de déclarer 100 000 € de matériel alors que vous en avez 200 000 €
- Quand souscrire la garantie perte d’exploitation : dès la création ou après 3 ans
- Pourquoi la garantie PE vous verse 60 000 € alors que votre local détruit en vaut 40 000 €
- Comment hiérarchiser vos besoins d’assurance quand vous avez un budget limité de 1 500 €/an
- Comment la garantie perte d’exploitation couvre vos 15 000 €/mois de charges pendant un sinistre
Pourquoi votre multirisque pro couvre le local mais pas toujours le matériel informatique
Une confusion fréquente consiste à penser que la garantie « dommages aux biens » d’une multirisque professionnelle (MRP) couvre indistinctement tout ce qui se trouve dans vos locaux. En réalité, le contrat de base est souvent conçu pour protéger les murs (le bâtiment) et le « contenu » de manière générique (mobilier, marchandises). Or, le matériel informatique et numérique représente une catégorie de risque bien à part, à la fois par sa valeur, sa fragilité et sa criticité pour votre activité. Il est donc souvent traité comme une exception ou nécessite une extension de garantie spécifique.
Le matériel informatique est exposé à des périls modernes que les garanties classiques ne couvrent pas toujours. On pense à l’incendie ou au vol, mais qu’en est-il d’une surtension électrique qui grille vos serveurs, d’une maladresse d’un employé qui fait tomber un ordinateur portable coûteux, ou d’une cyberattaque ? Les risques numériques sont en pleine explosion ; en France, près de 74% des entreprises ont été victimes d’une attaque par ransomware en 2024. Une MRP de base sans option « Tous Risques Informatiques » (TRI) pourrait ne vous offrir aucune indemnisation face à une destruction de données ou de matériel suite à un tel événement.
La garantie « Tous Risques Informatiques » est conçue pour combler ces lacunes. Elle fonctionne sur un principe de « tout sauf » : tout dommage accidentel est couvert, sauf ce qui est explicitement exclu. Cela inclut la casse, l’oxydation, le vol, mais aussi les conséquences d’erreurs de manipulation ou de pannes électriques. Concrètement, cette garantie spécifique offre une protection bien plus large :
- Une couverture pour toutes les formes de détérioration, destruction ou vol affectant l’ensemble de votre parc.
- Une application de la garantie qui s’étend hors de vos locaux, y compris au domicile des salariés en télétravail.
- Une indemnisation en valeur à neuf pour les matériels récents (généralement moins de 3 ans).
- Une couverture pour les frais de reconstitution des données, un coût souvent sous-estimé après un sinistre.
Ne pas souscrire cette extension, c’est un peu comme assurer sa voiture contre le vol mais pas contre la casse moteur : vous protégez le contenant, mais pas l’essentiel de sa valeur et de sa fonction.
Comment inventorier et valoriser 150 000 € de stock et équipements pour votre devis MRP
L’étape de la valorisation de vos biens est la pierre angulaire de votre contrat multirisque. C’est sur la base de ce montant, appelé « capital assuré », que votre prime sera calculée et, surtout, que votre indemnisation sera déterminée en cas de sinistre. Une estimation approximative ou obsolète est la porte ouverte à une catastrophe financière. Pour un patrimoine de 150 000 € ou 200 000 €, l’improvisation n’est pas une option. Il faut procéder avec méthode pour dresser un inventaire précis et juste.
Commencez par lister distinctement les différentes catégories de biens : le matériel et l’outillage, les agencements et embellissements (vitrines, étagères, décoration), le matériel informatique, et enfin les marchandises (le stock). Pour chaque élément, vous devez déterminer sa valeur de remplacement. La règle d’or est la valeur à neuf : quel serait le coût aujourd’hui pour racheter le même bien, neuf ? C’est cette valeur qui doit être déclarée. En effet, de nombreux contrats prévoient que les frais de remplacement du matériel sont généralement garantis en valeur à neuf pendant jusqu’à 5 ans. Pour le matériel plus ancien, on appliquera un coefficient de vétusté pour déterminer sa « valeur d’usage », mais la base de calcul reste la valeur à neuf.
N’oubliez aucun détail : les machines, mais aussi les logiciels et leurs licences, les meubles de bureau, l’enseigne de votre magasin, les matières premières et les produits finis. Pour le stock, la valorisation doit se baser sur le prix d’achat (si vous êtes commerçant) ou sur le coût de production (si vous êtes fabricant). Soyez exhaustif. Un inventaire précis et documenté est votre meilleur allié face à un expert d’assurance après un sinistre. Il prouve la préexistence et la valeur des biens détruits, accélérant et sécurisant votre indemnisation.
Votre plan d’action pour un inventaire incontestable
- Listez tout : Créez un fichier (type tableur) et listez chaque bien professionnel (machine, meuble, ordinateur, stock). Indiquez la marque, le modèle, le numéro de série et la date d’achat.
- Collectez les preuves : Rassemblez et numérisez toutes les factures d’achat. Pour les biens anciens sans facture, prenez des photos détaillées. Le but est de prouver leur existence et leur état.
- Valorisez à neuf : Pour chaque bien, recherchez son prix de remplacement actuel sur internet ou auprès de vos fournisseurs. C’est cette « valeur à neuf » que vous devez additionner pour obtenir votre capital total à assurer.
- Mettez à jour annuellement : Votre parc matériel et votre stock évoluent. Révisez cet inventaire au minimum une fois par an, ou après chaque investissement majeur, et transmettez la nouvelle valeur à votre assureur.
- Sollicitez un expert : Si votre parc est très conséquent ou spécifique (machines industrielles, œuvres d’art), faire appel à un expert d’assuré pour une valorisation préalable peut vous éviter bien des litiges.
En cas de sinistre, cet inventaire ne sera pas seulement un document administratif, mais la preuve irréfutable de la valeur de votre travail. C’est l’acte de protection le plus concret que vous puissiez poser pour votre entreprise.
MRP essentielle à 800 €/an ou premium à 1 800 €/an : laquelle pour votre activité
Face à deux devis dont le prix varie du simple au double, le réflexe est souvent de se tourner vers le moins cher. Cependant, en matière d’assurance professionnelle, le tarif n’est que la partie visible de l’iceberg. La différence entre une formule « essentielle » et une formule « premium » réside dans une multitude de paramètres qui doivent être analysés au regard de votre activité spécifique et de votre aversion au risque. Un prix plus élevé n’est pas forcément un luxe, mais peut correspondre à des sécurités indispensables pour votre entreprise.
Plusieurs facteurs expliquent ces écarts de prix. L’étendue des garanties est le premier. Une formule essentielle couvrira les risques de base (incendie, dégât des eaux, RC Pro), tandis qu’une formule premium y ajoutera des couvertures cruciales comme la garantie « Tous Risques Informatiques », la protection juridique, ou une garantie perte d’exploitation plus étendue. Ensuite, les plafonds d’indemnisation et les franchises jouent un rôle majeur. Un contrat à 800 € pourrait plafonner le remboursement de votre matériel à 100 000 € avec une franchise de 1 000 €, tandis que le contrat à 1 800 € couvrira vos 200 000 € de biens avec une franchise de seulement 500 €. En cas de sinistre majeur, la différence est colossale.
Comme le souligne justement un expert du secteur, le choix ne peut être déconnecté de la réalité de votre entreprise. Dans une analyse sur l’assurance des métiers de la Tech, la plateforme Assurup précise :
Le prix dépend de plusieurs critères : votre activité précise, votre chiffre d’affaires, votre niveau de responsabilité, les garanties choisies, les plafonds d’indemnisation ou encore la valeur des biens assurés.
– Assurup, Assurance pro pour Tech & Informatique – RC Pro et multirisque
Le bon choix dépend donc d’une auto-évaluation. Si vous êtes un consultant travaillant de chez lui avec un simple ordinateur, une formule essentielle peut suffire. Mais si vous êtes un artisan avec 200 000 € de machines, un commerçant avec un stock de valeur, ou une entreprise dont l’activité serait totalement paralysée sans son système informatique, la formule premium n’est plus une option mais une nécessité stratégique. Elle représente le coût de la certitude de pouvoir redémarrer rapidement et avec des moyens financiers intacts après un sinistre.
Posez-vous la question : « Mon entreprise peut-elle survivre à un sinistre avec une indemnisation limitée et des garanties de base ? » La réponse à cette question déterminera si l’investissement dans une prime plus élevée est un coût ou le meilleur placement pour la pérennité de votre activité.
L’erreur de déclarer 100 000 € de matériel alors que vous en avez 200 000 €
C’est l’erreur la plus courante et la plus dévastatrice en assurance de biens. Pensant réduire sa prime, ou par simple négligence lors de l’inventaire, un chef d’entreprise déclare un capital mobilier de 100 000 € alors que la valeur de remplacement réelle de son matériel et de son stock s’élève à 200 000 €. Il est sous-assuré de 50 %. Beaucoup pensent qu’en cas de sinistre partiel, par exemple un incendie détruisant pour 50 000 € de matériel, l’assureur paiera 50 000 €, puisque ce montant est inférieur au capital garanti de 100 000 €. C’est une illusion tragique.
En cas de sous-assurance, les assureurs appliquent un mécanisme implacable inscrit dans la loi : la règle proportionnelle de capitaux. Le principe est simple : si vous n’avez assuré que la moitié de la valeur de vos biens, vous êtes considéré comme votre propre assureur pour l’autre moitié. Par conséquent, l’assureur ne vous indemnisera qu’à hauteur de la proportion assurée, et ce, quel que soit le montant du sinistre. Cette règle est clairement définie par le Code des assurances :
S’il résulte des estimations que la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l’assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l’excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire.
– Code des assurances, Article L121-5 du Code des assurances
Reprenons notre exemple : vous avez un sinistre de 50 000 €. L’expert constate que la valeur réelle de vos biens est de 200 000 € et non des 100 000 € déclarés. Le calcul de l’indemnité sera le suivant : Montant des dommages × (Capital déclaré / Valeur réelle) = 50 000 € × (100 000 € / 200 000 €) = 25 000 €. Votre indemnisation est divisée par deux. Sur un sinistre total de 200 000 €, vous ne toucheriez que 100 000 €. Cette sous-assurance peut être involontaire, due par exemple à l’inflation. Une simple hypothèse d’inflation de 2 % par an induit une sous-estimation de 6 % en trois ans si le capital n’est pas réévalué.
Ce déséquilibre entre le capital déclaré et la valeur réelle est le piège financier le plus dangereux pour une TPE ou un artisan. Il transforme un contrat de protection en une bombe à retardement.
Comme le montre cette image, un déséquilibre, même invisible au quotidien, crée une faille béante dans votre protection. La rigueur de votre déclaration initiale et sa mise à jour régulière ne sont pas des formalités administratives, mais l’acte fondateur de votre sécurité financière.
Ignorer la règle proportionnelle, c’est jouer à la roulette russe avec l’avenir de son entreprise. Une valorisation juste et précise est la seule et unique façon de garantir une indemnisation à 100 % de votre préjudice.
Quand souscrire la garantie perte d’exploitation : dès la création ou après 3 ans
La garantie Perte d’Exploitation (PE) est souvent perçue comme une assurance pour les entreprises établies, disposant d’un historique comptable solide. Les créateurs d’entreprise, focalisés sur le lancement et la gestion de la trésorerie, la jugent parfois superflue ou inaccessible, pensant qu’il faut attendre d’avoir plusieurs bilans à présenter. C’est une erreur de jugement qui peut s’avérer fatale. Un sinistre majeur (incendie, inondation) qui paralyse l’activité dans les premiers mois est souvent plus destructeur pour une jeune structure aux reins financiers fragiles que pour une entreprise mature.
L’argument selon lequel un assureur ne peut pas garantir un chiffre d’affaires qui n’existe pas encore ne tient pas. Les assureurs savent travailler sur la base d’un prévisionnel d’activité. C’est d’ailleurs un conseil partagé par les experts en accompagnement d’entreprise, qui insistent sur l’anticipation. Comme l’indique la plateforme juridique Weblex :
En phase de création d’activité, faites le point avec votre assureur sur la possibilité et l’intérêt de souscrire une assurance perte d’exploitation, dès cette phase, et fournissez-lui un prévisionnel d’activité.
– Weblex, Faut-il s’assurer contre les risques de perte d’exploitation ?
Concrètement, la garantie PE ne se base pas sur un chiffre d’affaires passé, mais sur la marge brute prévisionnelle que l’entreprise ne pourra pas réaliser du fait de l’arrêt de son activité. Cette marge brute (Chiffre d’Affaires – Charges Variables) est ce qui permet à l’entreprise de couvrir ses charges fixes (salaires, loyers, crédits, impôts…). Il est tout à fait possible de l’estimer dans un business plan.
Étude de cas : Justifier sa marge brute prévisionnelle en création
Un jeune restaurateur établit un prévisionnel pour sa première année : un chiffre d’affaires (CA) de 300 000 € et des charges variables (coût d’achat des denrées) de 120 000 €. Il peut ainsi justifier auprès de son assureur d’une marge brute prévisionnelle de 180 000 € (soit 300 000 € – 120 000 €). C’est ce montant qui servira de base au calcul de la garantie Perte d’Exploitation. Si un incendie le contraint à fermer 6 mois, l’assurance lui versera une indemnité calculée sur la base de la perte de marge brute sur cette période, lui permettant de continuer à payer son loyer, ses salariés et ses emprunts.
Attendre 3 ans pour souscrire cette garantie, c’est parier pendant 1095 jours qu’aucun sinistre majeur ne viendra paralyser votre outil de production. Un pari que peu d’entrepreneurs devraient se permettre de prendre.
Pourquoi la garantie PE vous verse 60 000 € alors que votre local détruit en vaut 40 000 €
Cette question illustre parfaitement la confusion entre l’assurance des « dommages aux biens » et l’assurance « perte d’exploitation ». Ces deux garanties, bien que souvent regroupées dans un même contrat MRP, couvrent des risques de nature fondamentalement différente. L’une indemnise la perte matérielle, l’autre la perte financière qui en découle. Comprendre cette distinction est la clé pour saisir la valeur inestimable de la garantie Perte d’Exploitation (PE).
L’assurance « dommages aux biens » a pour unique objet de rembourser la valeur des biens détruits ou endommagés. Si votre local, votre matériel et votre stock valent 40 000 € au jour du sinistre, l’assureur vous versera, après déduction de la franchise et application éventuelle de la règle proportionnelle, une indemnité visant à reconstituer ce patrimoine matériel. Son rôle s’arrête là. Mais pendant les 6, 9 ou 12 mois nécessaires à la reconstruction, aux réparations et au rééquipement, votre entreprise ne génère plus de chiffre d’affaires. Pourtant, vos charges fixes, elles, continuent de courir : les salaires, les charges sociales, les loyers, les échéances de prêt, les impôts et taxes…
C’est précisément là qu’intervient la garantie Perte d’Exploitation. Son but n’est pas de rembourser le matériel, mais de compenser les conséquences financières de l’arrêt d’activité. Comme le résume très bien l’assureur Allianz :
Alors que l’assurance des « dommages aux biens » indemnise les dommages matériels aux locaux, machines, marchandises…, l’assurance « Pertes d’exploitation » vise à compenser les effets de la diminution de votre chiffre d’affaires et de faire face à vos charges fixes ainsi qu’à une baisse de votre résultat.
– Allianz, Assurance perte d’exploitation entreprise – Allianz
Ainsi, la garantie PE peut tout à fait vous verser 60 000 € (par exemple, 10 000 € de charges fixes par mois pendant 6 mois d’arrêt) même si les dégâts matériels ne s’élèvent qu’à 40 000 €. L’indemnité PE n’est pas plafonnée par la valeur des biens détruits. Elle est calculée pour placer l’entreprise dans la situation financière où elle se serait trouvée si le sinistre n’avait pas eu lieu.
Un atelier silencieux et vide après un sinistre représente bien plus qu’une simple perte matérielle. C’est une hémorragie financière que seule la garantie Perte d’Exploitation peut endiguer.
Cette image illustre le cœur du problème : l’absence d’activité. La PE est le « capital de survie » qui permet à l’entreprise de continuer à respirer financièrement pendant que l’on reconstruit l’outil de production.
En résumé, l’assurance de biens reconstruit les murs, la perte d’exploitation maintient l’entreprise en vie. L’une sans l’autre est souvent une protection incomplète.
Comment hiérarchiser vos besoins d’assurance quand vous avez un budget limité de 1 500 €/an
Avec un budget contraint, chaque euro doit être investi de la manière la plus intelligente possible. Il est hors de question de souscrire toutes les garanties existantes. L’objectif est de construire une pyramide de protection, en commençant par les fondations indispensables avant d’ajouter les étages de sécurité supplémentaires. Pour un budget de 1 500 € par an, il faut se concentrer sur la couverture des risques les plus fréquents et ceux dont l’impact financier pourrait être fatal à votre TPE ou commerce.
Niveau 1 : Les obligations légales et la survie (environ 500-700 €/an). La base absolue est la Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro). Pour de nombreuses professions, elle est légalement obligatoire. Elle vous couvre contre les dommages que votre activité pourrait causer à des tiers (clients, fournisseurs). Sans elle, une simple erreur peut vous coûter des centaines de milliers d’euros et signer l’arrêt de mort de votre entreprise. Cette garantie est non négociable. A cela s’ajoute la garantie minimale pour vos locaux, au moins contre le risque d’incendie, souvent exigée par votre bailleur.
Niveau 2 : La protection de l’outil de travail (environ 400-600 €/an supplémentaires). C’est le cœur de votre multirisque. Votre priorité ici est de garantir votre matériel et votre stock contre les risques majeurs : incendie, dégât des eaux, vol et vandalisme, et bris de machine si vous dépendez d’un équipement coûteux. C’est à ce niveau que l’inventaire précis et la déclaration d’un capital assuré juste prennent tout leur sens. Si votre activité dépend fortement de l’informatique, l’extension « Tous Risques Informatiques » devient prioritaire. Mieux vaut une franchise un peu plus élevée sur une garantie vol qu’une absence totale de couverture pour vos serveurs.
Niveau 3 : La garantie de la continuité (environ 300-500 €/an supplémentaires). C’est ici qu’intervient la garantie Perte d’Exploitation. Avec un budget de 1 500 €, vous pouvez accéder à une PE de base. Elle ne couvrira peut-être pas 24 mois d’arrêt, mais sécuriser 6 à 12 mois peut faire toute la différence entre la faillite et le redémarrage. Si le budget est vraiment trop juste, une alternative peut être de souscrire une garantie « frais supplémentaires d’exploitation », qui couvrira par exemple le coût de location de matériel ou d’un local temporaire pour maintenir une activité minimale.
En respectant cet ordre de priorité (Responsabilité > Biens > Continuité), vous vous assurez que votre budget de 1 500 € est alloué à la couverture des risques les plus critiques, créant ainsi le bouclier le plus efficace possible pour votre TPE.
À retenir
- La sous-évaluation de vos biens (déclarer 100k€ pour 200k€ de valeur réelle) est la faute la plus grave : elle divise par deux votre indemnisation en cas de sinistre.
- La garantie « Perte d’Exploitation » (PE) n’est pas liée à la valeur des biens détruits ; elle sert à payer vos charges fixes (salaires, loyers, crédits) pendant l’arrêt de votre activité.
- Un inventaire précis et une valorisation en « valeur à neuf » de tout votre matériel et stock sont les prérequis non négociables à toute souscription d’une MRP efficace.
Comment la garantie perte d’exploitation couvre vos 15 000 €/mois de charges pendant un sinistre
La garantie Perte d’Exploitation (PE) est le mécanisme qui transforme votre contrat d’assurance en véritable partenaire de survie. Son objectif est de prendre le relais de votre chiffre d’affaires manquant pour que vous puissiez continuer à honorer vos engagements financiers. Pour comprendre comment elle couvre concrètement vos 15 000 € de charges mensuelles, il faut décomposer son fonctionnement, qui repose sur le calcul de la perte de marge brute.
L’indemnité n’est pas un forfait. Elle est le résultat d’un calcul précis, mené par un expert en collaboration avec votre expert-comptable. Le point de départ est le chiffre d’affaires que vous auriez dû réaliser pendant la période d’inactivité (la « période d’indemnisation », fixée au contrat). De ce CA prévisionnel, on déduit les charges variables que vous n’avez pas eues du fait de l’arrêt (ex: achats de matières premières, frais de transport sur ventes). Le résultat (CA prévisionnel – charges variables économisées) correspond à la perte de marge brute. C’est ce montant que l’assureur vous versera, car c’est la marge brute qui sert à payer vos charges fixes et à générer votre bénéfice.
Ce mécanisme est au cœur du dispositif, comme le rappellent les spécialistes de la comptabilité d’entreprise. Selon le cabinet Dougs :
L’assurance perte d’exploitation indemnise cette perte de marge brute, à condition d’avoir souscrit une garantie couvrant les dommages matériels initiaux. L’indemnisation repose sur l’évaluation du sinistre et le calcul de la perte de CA prévisionnelle, de la marge brute et de la période d’indemnisation.
Le versement n’est pas unique. Il s’ajuste au fil des mois pour coller à la réalité de votre reprise d’activité. L’assureur peut verser des acomptes pour vous permettre de faire face aux échéances urgentes, puis l’indemnité finale est calculée à la fin de la période d’indemnisation, lorsque la perte réelle est connue avec certitude.
Exemple chiffré : Le calcul de votre indemnité mensuelle
Imaginons un commerce qui doit fermer 3 mois suite à une inondation. Son CA mensuel moyen est de 30 000 €, et son taux de marge brute est de 60 %. Sa marge brute mensuelle est donc de 18 000 €, servant à payer ses 15 000 € de charges fixes (salaires, loyer, crédits) et à dégager 3 000 € de bénéfice. Le premier mois, le commerce est totalement fermé. Sa perte de CA est de 30 000 €. La perte de marge brute est de 18 000 € (60% de 30 000 €). L’assureur lui verse 18 000 €, lui permettant de couvrir ses 15 000 € de charges et de compenser son bénéfice perdu. Le deuxième mois, il parvient à reprendre une activité partielle générant 10 000 € de CA. La perte de CA n’est plus que de 20 000 €. L’indemnité sera alors de 12 000 € (60% de 20 000 €). Ce mécanisme d’ajustement garantit que l’entreprise est maintenue à flots, ni plus, ni moins.
La garantie Perte d’Exploitation n’est donc pas une simple ligne sur un devis. C’est le dispositif financier qui assure la paie de vos salariés, le paiement de votre loyer et le remboursement de vos emprunts lorsque votre entreprise est à l’arrêt. C’est, littéralement, votre capital de survie.